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Sentiments authentiques

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4 février 2015

Ton cœur souffre ?

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Tu aimerais que ton cœur reste intact?
Tu souhaiterais le mettre en sécurité, dans un lieu sur?
Alors ne le donne pas!
Pas même à un chien
ou un chat
ou un poisson rouge.
Enveloppe-le dans de petits plaisirs futiles.
Évite tout type d’attachement,
ferme-le avec des milliers de serrures,
met-le dans le congélateur:
 sois certain que là il ne se souffrira pas.
Il deviendra incassable,
impénétrable.
Tu sais comment il s’appelle cet endroit ?
L’enfer :
Un lieu où le cœur est totalement gelé froid et sans vie.
Mon ami quelle que soit la chose qui t’es cher,
ton cœur, tôt ou tard il souffrira,
mais ce qui fait du bien dans le malheur,
c'est un cœur plein de courage,
un cœur qui persévère,
parce qu’un cœur qui souffre est un cœur qui vit,
c’est un cœur qui dit :
c’est vrai j’ai mal, mais je vais guérir. ….
Alors mon ami veux-tu toujours mettre ton cœur en sécurité ?

 

(Trouvé sur le net)

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2 février 2015

Humain, trop humain. (Friedrich Nietzsche)

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Sans être précisément un écouteur, on peut entendre beaucoup si l’on a appris à bien voir, tout en se perdant de vue pour un certain temps.

Mais les hommes ne savent pas utiliser une conversation ; ils mettent beaucoup trop d’attention à ce qu’ils veulent dire et répondre, tandis que le véritable auditeur se contente parfois de répondre provisoirement et de dire simplement quelque chose, comme un acompte fait à la politesse, emportant par contre dans sa mémoire pleine de cachettes tout ce que l’autre a formulé, plus le ton et l’attitude qu’il mit dans son discours.

1 février 2015

L'âme et la vie. (Carl Jung)

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« Le public commet l’erreur fondamentale de croire qu’il existe des réponses déter­minées, des “solutions” ou des conceptions qu’il suffirait d’exprimer pour répandre la clarté nécessaire.
La plus belle vérité ne sert à rien, comme l’histoire l’a mille fois montré –, tant qu’elle n’est pas devenue l' expérience première, profonde de l’individu.
Toute réponse univoque, celle que l’on dit “claire”, reste cependant toujours fixée dans la tête, et il est extrêmement rare qu
’elle pénètre jusqu’au cœur.

Ce dont nous avons be­soin, ce n’est pas de “savoir” la vérité, mais de l’apprendre. Non pas d’avoir une conception intellectuelle, mais de trouver le chemin qui conduit à l’expérience intérieure irrationnelle et peut-être inexprimable en mots.
Voilà le grand problème.
Rien n'est plus stérile que parler à propos de comment les choses doivent ou devraient être et rien n'est plus important que de trouver le chemin vers ces buts éloignés. »

30 janvier 2015

“Le Divan” (Roland Devolder)

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Le psychanalyste ne donne pas de remède à la souffrance mais il cherche à découvrir le chemin qui a mené à ce mal de vivre. La vérité de l’expérience de l’analysant ne peut être limitée au récit, confinée à la narration car la substance de son vécu lui échappe et cela il le sait car il a dès lors recours à quelqu’un qui l’écoute et peut l’aider à s’approprier cette substance.
C’est l’espérance de la rencontre analytique, celle du rapport aux mots capables de rétablir la relat
ion entre l’analysant et la réalité.
En fait nul ne possède la vérité de son expérience et l’on peut s’en approprier une partie en se confiant à quelqu’un d’étranger. Parler devient alors l’élaboration de la traversée de la douleur (tel un théâtre où l’interprétation des mots tient la douleur en otage) intégrée dans l’ensemble d’un corps social et cela comme témoin de la souffrance et des hallucinations qu’elle a engendrées.
L’idée de perte d’une fausse identité mène l’analysant à passer par une autre voie pour se reconnaître dans son désir.

11 janvier 2015

Je me demande..

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S’il est aussi difficile d’accorder sa confiance en amitié qu’en amour,

que nous reste-t-il ?

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1 août 2014

Une femme libérée...

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"Chaque fois que j’entends un homme dire, “Elle est trop, trop sauvage, trop difficile à comprendre, trop compliquée, trop difficile à maîtriser, trop émotionnelle, trop dogmatique, ou folle”, j’entends en fait “J’aurais brûlé son cul sur les bûchers de Salem. Elle est trop connectée à la Déesse. Je ne pourrai pas la dompter. Je ne la comprendrai pas. Je ne pourrai pas la garder. Elle n’aura pas besoin de moi. Elle est trop puissante et n’aimera pas les parties blessées de mon être”

Au contraire, elle verra les parties de toi qui t’effraient et les aimera malgré tout. Une femme libérée t’aimera sans avoir jamais besoin de te changer. Elle se connectera à toi à un niveau primaire, aura besoin de ton corps quand elle se laissera consumer par son propre feu intérieur. Sa passion te fera capituler alors même que tu la verras bouleverser tout ton monde. En tant qu’amante, elle ne fera pas seulement l’amour à ton corps et à ton cœur, mais aussi à ton âme. Tu te demanderas comment c’était de vivre avant de la rencontrer. Elle t’irritera, et si tu réponds, ça sera encore pire. Quand vous vous réconcilierez, tu réaliseras à quel point tu te sentais mourir en imaginant la vie sans elle, mais elle t’a enseigné ta force et comment ta vulnérabilité te rend courageux. Elle t’a fait comprendre que tu peux survivre à tout, même à la perdre, car elle t’a appris à croire en toi-même. Elle exigera encore plus de toi, et tu seras heureux qu’elle ait su que tu avais cela en toi depuis toujours. Elle t’aimera violemment et t’enseignera de la même façon. De même, elle te nourrira et t’atteindra à un point qui te rendra inconfortable. Elle aimera le petit garçon craintif en toi, celui dont tu redoutes l’existence, et en le reconnaissant elle te fera sentir que ton vieux toi est mort, celui qui vivait dans le mensonge. La partie de toi qui ne se trouve pas assez bien émergera pour guérir, et elle verra à travers ta façade. Elle appuiera sur les boutons et te fera rentrer encore plus en toi-même. Elle te fera te poser des questions, te fera grandir et apprendre bien plus que tu ne le pensais possible. Elle te mettra au défi et ne sera jamais ennuyeuse. Elle t’excitera et t’exaspérera avec son audace qui la fait être complètement elle-même, e t pas seulement des bouts d’elle-même. Elle aura beaucoup de sentiments et tu ne sauras pas quoi faire, mais pas une seule fois tu n’oseras penser à la quitter car tu es étranger à la tragédie. Ses larmes t’effrayeront et tu voudras la réparer, réparer ses problèmes, réparer le monde pour elle. Elle te rassurera en t’expliquant que c’est un moyen de s’exprimer et que cela n’est pas un signe de faiblesse, que tu peux pleurer quand tu es en colère, content, triste, ou sans raison du tout. Que les larmes sont comme un élixir pour l’âme, un catalyseur du lâcher prise, un signe de changement d’énergie.

Ce sera une chevauchée sauvage, une aventure qui te mènera au bord de toi-même. Avec cette relation, tu voudras assurer ton amour pour toujours, mais tu sauras que tu ne peux pas posséder une femme libérée, tu ne peux que l’aimer. Aime une sauvage. Laisse la t’ensorceler, t’enivrer, te stupéfier, te séduire, t’hypnotiser, t’enchanter et laisse la te libérer."

Jenny Perry.

19 juillet 2014

Pour Atteindre l'Amour,

 il y a quatre pas à mémoriser.

 

Le premier : être ici et maintenant, parce que l’amour n’est possible qu’ici et maintenant.
Tu ne peux pas aimer dans le passé.

Le second pas vers l’amour c’est : apprends à transformer tes venins … en miel ...

Le troisième pas vers l’amour c’est de partager tes éléments positifs, partager ta vie, partager tout ce que tu peux avoir.
Tout ce que tu as de beau, ne le cache pas.

Et le quatrième : ne sois rien.
Quand tu commences à penser que tu es quelqu’un, tu t’immobilises, tu te figes.
Alors l’amour ne coule plus.
L’amour ne s’écoule que de quelqu'un qui n’est personne.

L’amour réside dans le rien.
Quand tu es vide, il y a de l’amour.
Quand tu es plein d’ego, l’amour disparaît.
L’amour et l’ego ne peuvent converger.

Il est très facile d’aimer les gens dans l’abstrait, le vrai problème surgit dans le concret.

Et souviens-toi, si tu n’aimes pas les êtres humains concrets, les êtres humains réels, tout ton amour pour les arbres et les oiseaux est faux, pur bavardage.
L’amour est une fleur très fragile.
Il doit être protégé, il doit être renforcé, il doit être arrosé ;alors seulement il grandit.
Aime comme quelque chose de naturel, comme tu respires.
Et quand tu aimes quelqu’un ne commence pas à exiger ; sinon, même dès le début, tu commenceras à fermer les portes.

Osho.

 

15 juin 2014

Et pour vous, c'est quoi le bonheur?

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Lucienne, 89 ans. "Le bonheur, c'est siroter la vie. Savourer chaque gorgée, chaque seconde. Ne penser ni aux regrets ni aux remords d'hier, ni aux angoisses de demain."

 

Adeline, 76 ans. "Le bonheur, c'est la famille, les enfants, les petits enfants. J'ai passé 25 ans de ma vie à me regarder le nombril. Quand mon premier enfant est né, j'ai découvert que le bonheur était ailleurs!"

 

Paulette, 90 ans. "Le bonheur, c'est les autres. Je me suis nourrie toute ma vie du positif que les autres avaient à m'apporter. Les sourires, les petites joies et les grands bonheurs!"

 

Sylvaine, 82 ans. "Le bonheur, c'est mon mari. Toujours fidèle au poste. Toujours le même sourire, le même regard d'amour. Il m'a aimée toute sa vie de toutes ses forces. Des trahisons? Des remises en question? On en a traversé. Mais le vrai amour, l'amour bienveillant, résiste. Les jeunes tournent la page quand ça leur chante, consomment l'amour comme des cigarettes. Quelle erreur!"

 

Apolline, 78 ans. "Pour atteindre le bonheur, il faut apprendre à s'aimer soi-mêmepour mieux aimer les autres!"

 

Madeleine, 80 ans. "Le bonheur est partout. Dans le soleil, l'eau qui ruisselle, le sourire d'un enfant, un merci, un pardon, un baiser, un câlin, une fraise bien sucrée, un repas en terrasse, etc. C'est en tous cas ce que j'ai toujours essayé d'inculquer à mes enfants."

 

Guilaine, 68 ans. "Le bonheur, c'est d'être en bonne santé. Tout simplement!"

 

Claire, 74 ans. "Le bonheur c'est de connaître ses valeurs et de s'y tenir tout au long de sa vie. En perte de sens, j'ai écrit mes valeurs sur un morceau de papier il y a 50 ans. Je l'ai toujours gardé dans mon portefeuille. Un morceau de papier qui m'a guidée et rassurée."

 

Marie, 91 ans. "Le bonheur, c'est de pardonner. J'en ai voulu toute ma vie. À ma mère, à ma grand-mère, à mon patron, à mes enfants, etc. Tout le monde fait des erreurs, mais pour vivre en paix, il faut avoir la sagesse d'être tolérant."

 

Scarlette, 65 ans. "Le bonheur, c'est le sourire de mes petits enfants."

 

Jeanne, 88 ans. "Le bonheur, c'est l'écriture. Pour se défouler, se décharger de ses émotions. Mais aussi pour se souvenir de tout le positif qui fait la vie.Depuis mes 20 ans, j'écris chaque jour 2 à 5 choses que j'ai appréciées dans ma journée. Comme pour dire merci. Quand je me relis, je ressens toute la chaleur des bons moments!"

18 avril 2014

L'oracle della Luna.

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"Passer de la survie à la vie, c'est une des choses les plus difficiles qui soient! 
La peur du monde est en fait une peur de soi même. 
La peur est le mal qui afflige notre cœur. Comme la connaissance est le seul moyen de vaincre l'ignorance, le seul antidote à la peur... c'est l'amour. Car le cœur de l'homme n'aspire qu'à aimer et être aimé. Toutes les blessures de l'amour, qui commence dès notre enfance, engendrent des peurs qui finissent par paralyser notre cœur et nous faire commettre toutes sortes d'actions mauvaises, parfois même des crimes. 
Exister est un fait mais vivre est un art. 
Sans nous demander notre avis, Dieu nous a créés : il nous a donné l’Etre. Donc nous existons. C’est un fait et nous n’y pouvons rien. Maintenant, il nous faut vivre. Et là, nous sommes concernés car nous sommes appelés à devenir les auteurs de notre vie. 
Telle une œuvre d’art, nous devons tout d’abord la vouloir ; puis l’imaginer, la penser ; enfin la réaliser, la modeler, la sculpter, et cela à travers tous les événements heureux ou malheureux, qui surviennent sans que nous y puissions rien. On apprend à vivre, comme on apprend à philosopher ou à faire la cuisine. Et le meilleur éducateur de la vie, c’est la vie elle-même et l’expérience qu’on peut en tirer… 
Nous avons parfois peur de nous ouvrir pleinement à la vie, d’accueillir son flot impétueux. Nous préférons contrôler nos existences en menant une vie étroite, balisée, avec le moins de surprises possibles… L’être humain a peur de la vie et il est en quête de la sécurité de l’existence. Il cherche, tout compte fait davantage à survivre qu’à vivre. Or, survivre, c’est exister sans vivre,.... c’est déjà mourir. Passer de la survie à la vie, c’est une des choses les plus difficiles qui soient ! 
De même, est-il si difficile et effrayant d’accepter d’ être les créateurs de notre vie ! Nous préférons vivre comme des brebis, sans trop réfléchir, sans trop prendre de risques, sans trop oser aller vers nos rêves les plus profonds, qui sont pourtant nos meilleurs raisons de vivre. 
Certes, tu existes, mais la question à te poser, c’est : suis-je vivant ?"

 

Frédéric Lenoir.

3 mars 2014

Victor Hugo.

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«Dans le premier amour, on prend l'âme bien avant le corps.»


14 février 2014

Georges Brassens.

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"Quand les mois auront passé
Quand seront apaisés
Leurs beaux rêves flambants
Quand leur ciel se couvrira de gros nuages lourds
Ils s'apercevront émus
Qu' c'est au hasard des rues
Sur un d'ces fameux bancs
Qu'ils ont vécu le meilleur morceau de leur amour"

12 février 2014

Le parfum de la mouette.

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Aujourd'hui doit devenir le premier jour de plénitude, du reste de mes jours.
La vie est rapide, j'ai besoin de la vivre dans le plus haut degré. Mes yeux se lèvent vers le ciel quelques minutes, puis redescendent sur le miroir fixé au mur au-dessus de la coiffeuse. Un long silence me parcourt le corps.
Peut-être si j'étais plus heureuse à l'intérieur, mes cheveux ne tomberaient pas.
Ma tête me fait mal, les migraines recommencent. Je me demande si le mal de vivre s'est déclenché avec des idées farfelues qui traînent dans mon esprit.
Je devrais recommencer le footing, il faut que je le fasse vraiment cette fois-ci. Peut-être aussi, je devrais m'envoler vers un voyage. Des personnes rêvent de partir à Paris comme l'accomplissement d'un voyage romantique, moi j'ai toujours rêvé de partir quelques jours à New York. La hauteur m'apporte le vertige et pourtant, je me verrai bien en haut d'un building, pour pouvoir observer le monde et ressentir d'une infime sensibilité, ce que Dieu peut ressentir si haut dans son univers.
J'ai besoin d'un bouleversement dans ma vie, un changement radical.
Oui, c'est de ça que j'ai besoin et puis, je vais ouvrir un bouquin plus souvent, il faut que je m'améliore dans la langue française. Et pourquoi je n'apprendrais pas l'anglais? Quand j'étais jeune à l'école, je me souviens avoir eu dix-huit sur vingt dans cette matière. En musique aussi j'étais excellente, je devrais apprendre à jouer d'un instrument. Ma mère jouait au piano admirablement.
Si j'arrêtais de tout remettre au lendemain, je serais ravie. Ce serait cool pour les enfants.
Je devrais revoir à bien gérer mon temps, je suis en sécurité à présent.
Je devrais aussi cesser de faire croire à tout le monde que je vais bien. C'est lamentable.
Et si je cessais définitivement de ressentir le besoin de m'excuser d'être en vie, devant ceux qui me blessent, serait un premier pas. Mais aussi, peut-être que ça ne vient pas de moi. Peut-être, c'est à cause de la fabrication de mon grenier qui me sert de cerveau.
Oui, le problème vient de là, j'ai eu une mauvaise cohésion à la naissance. Maintenant il est trop tard, je serai laide jusqu'au bout. Rien ne pourra changer cette idée.
Je délire, il faut que j'aille chercher de l'aide. Je dois aller chez le médecin, le cliché que je reflète me déplaît.
Je n'ai pas le temps, c'est impossible.

Il fut un temps où j'ai éprouvé le besoin de tomber amoureuse. Il y a bien longtemps que je n'ai pas ressenti ce bien-être.
En tout temps, je dois être sure de moi. Est ce que ce n'est pas ce qui attire les hommes?

Un jour à vingt neuf ans, j'ai de nouveau déménagé avec les enfants.
D'un trop-plein de solitude, ma mère a eu envie de s'engager dans la location d'un spacieux appartement, pour y vivre tous ensemble. J'ai été favorable à sa démarche, on a tous besoins d'amour et tout le monde peut changer. Ma mère a toujours été habile dans ses mots et dans ses gestes pour obtenir ce qu'elle souhaite. Auprès d'elle, j'ai compris qui je devais être.

.../...

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

11 février 2014

L'amour est un long procès.

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Trop confiante, trop aimante, je me sens victime.

Être devenue une femme divorcée a été pour moi, comme si j'avais déchiré l'énoncé d'un problème que je ne suis pas parvenue à résoudre en baissant les bras par obligation, contre ma volonté.
J'ai découvert mon conjoint, différent de l'image que j'avais de lui. J'ai rencontré un agneau et j'ai quitté un loup.
Divorcer est un acte de courage, il faut repartir à zéro malgré un terrible sentiment d'épuisement. Il faut admettre l'échec d'un rêve, auquel on a cru de toutes ses forces.
Je dois absolument ajuster mes désirs à la réalité, aucun être ne peut nous combler totalement.
Le divorce est plus qu'une rupture, plus qu'une simple séparation, plus qu'un déchirement.
Cet état de fait, est un deuil de l'autre et de soi-même. Le deuil d'une vie sans doute trop rêvée qu'il nous faut se résoudre, un jour ou l'autre, à purger d'un trop plein d'illusions.

Le gris de ma vie est derrière moi. La vie est faite de mille couleurs, elle nous permet de reprendre gout pour poursuivre et faire de notre demeure prochaine, un petit paradis.
À cette ancienne époque dans le petit nid d'amours de maman à temps plein, après la naissance de mes deux amours, pour la troisième fois j'ai vécu ma plus belle réussite à l'aube de mes vingt sept ans.
J'ai appris de nouveau talent comme changer la moquette, me servir d'une perceuse pour la décoration murale. J'ai même posé moi-même la tapisserie et bien d'autres découvertes.

Comme ce temps est si loin...
Dans cet instant précis, j'aimerais pouvoir me déconnecter ou plutôt, me télé-porter vers la couleur rose.
Malgré tous mes désirs, je dois poursuivre la route que je me suis fixée, en gardant la foi à n'importe quel prix. Je suis une femme courageuse, j'aime me le souffler à l'oreille.

Mon ancien compagnon a perdu son autorité parentale, pour la violence qu'il a fait vivre à sa famille. Il lui a quand même été accordé deux dimanches dans le mois en droit de visite. Il ne s'est jamais battu contre cette décision juridique. La seule chose qui l'a interpellé a été de s'opposer à la pension alimentaire réclamait pour nos enfants.
En tant que femme battue, je pouvais demander une pension alimentaire pour les dégâts causés sur ma personne. Je n'ai rien désiré de lui, je voulais en finir définitivement.
Jamais il ne manquait un dimanche pour venir chercher les enfants à mon domicile malgré parfois, quelques petits refus de la part de notre fille. Je ne pouvais aller contre, il me fallait agir avec ce que la loi avait décidé, pour éviter d'avoir des ennuis de non-représentation d'enfants.
Je trouvais toujours les mots qu'il faut, pour aider ma petite princesse à donner la main à son papa, sans moi.
J'étais ennuyée de cette situation. Son nouvel appartement ne comportait que deux pièces et une salle de bain avec toilette. Il n'y avait pas de cour ni de terrasse. Parfois, il lui prenait l'envie de sortir quelques heures pour jouer avec les enfants dans une aire de jeux. Par mauvais temps, ils étaient enfermés tous les trois derrière des volets qui cachaient la lumière du jour. Les enfants jouaient pendant des heures à la Nintendo et lui allait faire une longue sieste...
De temps en temps, je trouvais une excuse pour aller leur rendre visite l'après-midi. Les enfants étaient pleinement joyeux de me sentir prés d'eux. Puis, sans comprendre pourquoi, Adrien a fini par refuser ma présence, pendant son droit de visite. Il ne m'a apporté aucune explication.
Dans mon cœur de maman, j'avais un mauvais pressentiment.
Seule, que pouvais je faire à cela...

Un jour, en parlant de l'inquiétude et du refus de ma petite princesse face aux droits de visite de son papa, je me souviens avoir dit à une amie:

- et si mon ex-mari profitait de cette occasion pour s'amuser intimement avec Sarah?

- Ho non Jeanne, ne pense pas à cela, autrement tu ne vivras plus!

Tout en gardant une attention particulière sur mes deux bambins chéris, j'ai chassé bien vite cette idée de ma tête.
Dans les yeux de mes deux petites lumières angéliques, sur un chemin futur j'ai regardé l'avenir.
Et sur mon chemin de vie tout à fait personnel, j'abordais toujours avec crainte la solitude.
De jour comme de nuit, j'essayais d'oublier tous mes mauvais souvenirs. Petit à petit, j'ai même réussi à ôter les chaises qui bloquaient la porte d'entrée de notre nouvelle maisonnette. Pour éviter de faire ressentir mon mal-être à mes enfants, de nouveau je me suis oubliée encore une fois, sans avoir à demander une aide morale à personne pour poursuivre, notre vie.
Je savais le faire. J'étais rodée.
Les enfants, la famille, les quelques amis étaient à mille lieues de se rendre compte que la personne qu'ils avaient en face d'elle, souffrait intérieurement d'une immense solitude.
J'étais facile à vivre. J'arrivais à être superficielle avec ma mère qui restait toujours sarcastique envers nous. Patrick était devenu mon meilleur ami et il était apprécié beaucoup par les enfants. Personne ne se rendait compte de rien. J'avais l'impression que cela m'apportait une puissante force.
Cependant, en craignant le rapprochement des personnes extérieures que je pouvais rencontrer, tout au fond de moi je réalisais à quel point je souffrais d'une solitude chronique.
J'ai vécu avec un étrange sentiment d'être deux personnes dans le même corps. D'un côté, une maman aimante et attentionnée, de l'autre côté une femme que personne ne pouvait aimer. En silence, mon corps me répugnait.
Ce fléau m'est resté dans la peau de longues années...

Mon meilleur bonheur était de voir grandir mes enfants dans le calme retrouvé. Notre maison était mignonne. Nous avions l'impression de vivre tout en haut d'une tour de château fort. À cinq ans, ma petite rose a fait sa première déclaration d'amour à la fenêtre du séjour en criant, "je t'aime" à un petit copain de classe, pour rapidement aller se cacher sous le lit, n'ayant pas remarqué les parents du petit qui l'accompagnait.
Quand nous étions réunis tous les trois, j'étais la maman la plus heureuse sur la terre.
J'ai savouré des instants de bonheur à l'état brut chaque seconde. Parfois j'avoue, avec un peu de peur, quand Kévin est monté en haut de l'escalier qui menait à la mezzanine et m'a crié:

-regarde maman, je vole!

Mon pauvre petit blondinet a fait une chute en dégringolant d'une dizaine de marches se prenant pour Superman!
Heureusement il n'a rien eu de cassé, juste ses deux dents plantées dans sa lèvre inférieure arrivée en bas, et fière de lui pour avoir réussi son envol.
Je me souviens aussi de ma belle Sarah qui voulait présenter son petit oiseau au chat de la maison. Le pauvre petit cœur à deux pattes a fini ses jours dans le ventre du chat, derrière le congélateur.
 J'ai des souvenirs plein la tête des péripéties enfantines de mes deux petits caïds, gardés bien au chaud dans mes journaux intimes et au fond de mon cœur.

Mes deux rayons de soleil me sourient dans un cadre fait main, fabrication de l'école maternelle sur le côté gauche de mon bureau et, mes déboires sont posés un peu éparpillés de partout non loin d'eux.
Le passé refait surface devant mes yeux et j'ai pourtant l'impression de devoir plonger au même rythme, encore et encore. 

En toute simplicité je vais essayer de faire un nouveau pas. C'est si important, pour l'avenir qui s'offre à moi généreusement . Grimper dans cette machine à remonter le temps est un challenge où le seul prix mis en jeu, reste un avenir heureux pour les années qu'il me reste à vivre.

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

11 février 2014

Pour le pire et le meilleur.

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"Nous sommes au mois de mai, mille neuf cent quatre vingt onze, je ne sais même plus quelle date on est.
La violence d'Adrien persiste depuis cinq mois. Je n'ai plus aucune tranquillité mon cher journal. Juste celle de venir prés de toi, toujours barricadée dans la salle de bain.
Mes petits amours sont en vacances une semaine chez la marraine. Ils me manquent. Je ne dois jamais baisser les bras tant que j'ai encore quelque chose à donner. Je pourrais fuir, me rendre dans un foyer avec mes bébés mais je ne veux pas de cette vie pour eux. J'ai si peur qu'ils viennent me les enlever. Mes enfants ne méritent pas cette vie. Je ne sais pas pour combien de temps j'arriverai à les protéger, je suis la seule à subir et c'est tant mieux.
Un jour j'écrirai le livre de ma vie et je parlerai de toi, mon plus fidèle compagnon de route. Je ne pense pas avoir les talents nécessaires pour le publier mais il sera un témoignage pour mes enfants et petits-enfants, il y a tant de choses à retenir dans ma pauvre vie.
Hier après midi, je me suis rendue à la société de location de notre appartement. Mes forces disparaissent de jour en jour, Adrien garde tout son argent pour lui, je n'ai pas grand-chose à manger, d'une course de quelques minutes j'ai mis trois heures. Heureusement, j'ai quelques gentils voisins qui m'aident à me nourrir. Les mots usent aussi. La veille, Adrien m'a dit:

- Ici tu n'es pas chez toi il faut que tu dégages, autrement je te ferai partir de force l'appartement et à mon nom et s'il le faut te tuer pour avoir la paix, je le ferai!

À mon grand étonnement, quand je suis rentrée dans le bureau de location tout le monde me connaissait, j'ai été très touchée de l'accueil.
Entre mes larmes, j'ai entendu quelques mots d'un homme d'un certain âge, me montrant mon contrat de location:

- Regardez Madame, vous êtes aussi bien chez vous que chez lui. Le contrat est resté au nom de votre mère et les locataires sont au nom du Monsieur et de Madame, c'est-à-dire que vous êtes aussi bien chez lui que lui est chez vous!

Avant de quitter les lieux, le Monsieur m'a glissé un petit mot dans la main tout en me disant au revoir en me souhaitant beaucoup de courage. "En sortant d'ici, remontez la rue et quelques maisons au-dessus de chez nous, vous y trouverez le secours catholique. Ma femme y travaille, dites-lui que vous venez de ma part et elle vous remettra du linge pour vos enfants, des biberons en verre, des couvertures et un carton alimentaire. Bonne chance!"
Je n'ai pas trouvé de mots pour le remercier infiniment. Seul mon merci lui a fait comprendre toute ma gratitude.

Je vais m'allonger cher journal, je reviendrai vers toi dès qu'une occasion me sera possible. En attendant, protège-moi."

Ainsi mes derniers jours aux côtés de mon ex compagnon se sont passés. Jamais il n'a eu l'occasion d'ouvrir mon journal intime. J'ai eu la chance de savoir le cacher au bon endroit. Un jour il m'a dit:

"- quand les enfants seront grands tu leur diras ta vérité et moi je dirai la mienne. Ils comprendront quel genre de femme tu es réellement, tes mensonges ne serviront à rien, Jeanne."

Il n'a jamais été informé de mes lignes.
Je ne suis pas une personne parfaite pour venir le juger, la perfection n'est pas de ce monde. Nous faisons tous des erreurs. J'éprouve seulement le besoin de m'exprimer, d'évacuer un trop plein.
Ma seule erreur a été de l'aimer. J'aurais aimé avoir eu mes enfants avec un autre homme que lui. Je suis cruelle. Est-il égoïste de penser ainsi?
Ma seule erreur a été de lui faire confiance. J'aurais aimé qu'il en soit autrement.
Oui, j'aurais aimé écrire autre chose...

En juin de la même année, j'ai eu le bonheur d'emménager dans un appartement pour enfin sortir de ses griffes. Un petit studio de vingt mètres carrés pour les petits, le chien et moi était le plus beau cadeau que ma mère puisse me faire.

À cette époque, un voisin m'a rapporté qu'il semblait vivre comme un clochard. Sa belle l'avait quitté quelques jours après mon déménagement, parce qu'il n'avait plus de biens.
Il a aussi perdu son travail, il ne pouvait plus assumer son loyer. Par pitié, ses amis ont eu envie de l'héberger et par coïncidence, quelques pâtés de maisons non loin de notre petit studio de repos.

En attendant la fin de notre divorce, je le laissais rencontrer nos enfants, deux à trois fois par semaine dans la rue puis, à la maison pour le bien-être de mon petit costaud qui me répétait vingt fois par jour, "quand papa revient?"
Adrien était gentil comme jamais je n'ai connu venant de lui, d'une extrême douceur envers nous trois. Nous avons essayé de refaire un petit bout de route ensemble.
Un tout petit bout de temps, je ne pouvais plus coucher avec lui.

Un vase cassé, même en recollant les morceaux, le vase aura toujours une fragilité.

Une nouvelle maison pour les enfants et moi-même et un autre pour lui, c'était mieux ainsi.
J'ai gagné mon divorce pour faute et relation extra conjugal, officiellement finalisé trois ans plus tard. Adrien a exercé pendant quelques années, un droit de visite sur les enfants.
Et ainsi se terminerait notre histoire, si quelques anciens démons n'étaient pas revenus le hanter. Plus tard, oui beaucoup plus tard je reviendrai vers lui...

Un grand soupir, je peux reprendre l'ascenseur en veillant bien à fermer la porte à clé derrière moi.

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

10 février 2014

Mon compagnon de nuit.

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À force d'encaisser tous les coups, on arrive à vivre avec ses tempêtes. Dans cette vie, oser dire qu'il ne peut pas m'arriver pire que ce que j'ai vécu et de même à me dire, demain j'irais me faire pendre haut et court. Dans mes heures de détresse aux côtés de mon ex-mari, je me souviens avoir supplié Dieu de me faire visiter le cœur par des personnes habitées par l'amour. Aujourd'hui en rédigeant ces lignes, ma prière a été entendue.

Être riche ou pauvre, tant que nous serons tous en vie, nous porterons notre croix, il ne peut en être autrement. Ève l'a désiré ainsi. Cependant, à la croisée des chemins, rencontrer un peu d'amour décuple nos forces pour poursuivre.

En regardant le monde autour de moi, je ne connais pas un seul être sur terre qui n'a jamais souffert.
Soudainement, je me demande si ma théorie à un sens.
Imaginons un homme royalement aisé qui, par un accident domestique sa maison prend feu, et malheureusement vient à perdre ses deux membres. De ce drame, dans la bouche de la société on entendra par exemple, quel grand malheur et aussi, comme quoi l'argent ne fait pas le bonheur...

Malgré tout, avec son capital récolté d'une excellente assurance sur la vie, il pourra tout de même se soigner parfaitement et continuer sa vie de gentilhomme. Cet homme choqué et abattu pourra se payer les meilleurs médecins parce que sa situation financière le lui permet et, continuer à vivre sa vie en fauteuil roulant. Il vivra des jours avec joie et des jours sans. Sa maison sera parfaitement agencée pour lui être agréable et il pourra continuer de faire briller ses yeux vers de nouveaux paysages. Il aura ses instants de faiblesse, ses nuages au-dessus de la tête tout comme un simple ouvrier dans la même situation, enfin presque. Celui-ci perdra peut-être son travail, manquera de soins parce que se soigner correctement a toujours été un luxe. Ses amis lui tourneront le dos, parce que quand tu cherches à te débattre longuement, tu deviens une charge un jour ou l'autre.

Dans cette ressemblance d'histoires vécues, on pourrait se demander qui de ces deux personnages est le plus malheureux.
Personnellement, Il n'y a pas de souffrance plus ou moins forte. Lorsque la souffrance physique ou morale prend place en nos cœurs, elle est unique.

Si on vient me demander pourquoi je ne suis pas gâtée par la vie, je réponds le plus naturellement possible: je suis gâtée, j'ai la chance de savoir aimer, ceci n'a pas de prix et mérite tous les voyages du monde.

Sur mon parcours, j'ai manqué de soins médicamenteux tout le long de ma vie par faute de moyens. Je suis déclarée handicapée psychique parce que la vie m'a fait mal à répétition. Mon handicap ne se voit pas, je le vis. Je n'ai pas d'amis, ou si peu. Les gens travaillent et moi je suis renfermée, sur moi-même. Je ne trouve pas de porte de sortie. D'apparence rien ne se remarque, je ris je pleure je mange je vis. Et par-dessus tout, j'aime.

Mon cœur est cabossé d'un lourd accident de la vie, j'écris sans réfléchir et je me questionne pourquoi la vie m'a apporté ces chemins tortueux, ces haltes, me situant si souvent en face d'un hall de gare où tous les gens semblent courir après une destination. Je dois avoir eu un regard sur la vie complètement faussé dès le début, la vie s'est chargée de me renvoyer la même image.

Je chasse le rêve de ne plus espérer à réussir une vie de couple heureuse. Après tout, aimer n'est pas s'appartenir.
La vie est comparable à un ascenseur vers le bonheur.

J'ai peur de prendre l'ascenseur. Tiens, ça va bien avec moi cette idée. Chaque étage est un passage. Une fois la compréhension d'un épisode de notre vie achevée, nous avons le droit de nous diriger vers un autre étage. Le but est d'essayer chaque étage, pour continuer de comprendre et, devenir meilleur et humble jusqu'au dernier jour.

Je balade sur la terrasse du onzième étage de mon gratte-ciel, je regarde l'horizon au loin et le reflet d'autres visages apparaissent. Loin dans les montagnes, avec le courage il me faut atteindre une compréhension légitime.
Pour une meilleure réussite, je vais redescendre quelques étages en dessous, redescendre pour mieux déchiffrer ma vie. Il manque quelques pièces à mon puzzle.

Au quatrième étage je vais retrouver Adrien, je n'ai peut-être pas refermé la porte à clé derrière moi...

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

6 février 2014

Pour le meilleur et pour le pire.

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Cher Adrien.

Une dernière marche arrière vers toi. Une manœuvre sans détour avec la force et sans lacune, pour un jour réussir à poser enfin, un regard paisible sur ma vie future.

Le dix juin mille neuf cent quatre vingt cinq, je vais bientôt avoir vingt ans. J'ouvre la page de mon journal intime et mes yeux font une halte sur la première phrase de mon carnet. "Je désire du fond du cœur enterrer mon passé et croire au bonheur de réussir, là où mes modèles ont échoué."

Toi ma porte de sortie, ma liberté vers un monde meilleur, ami de la famille avec deux ans de plus que moi, rapidement nous sommes devenus très proches l'un de l'autre.
Notre premier baiser sur les lèvres a été lors d’une soirée entre amis. Réservée dans l'âme, quand il est question de parler de ma vie, sans me connaître entièrement et sans penser faire mal malgré tout, nos amis en commun ont désiré me faire une petite blague en me faisant boire quelques alcools mélangés. Touchant à l’alcool pour la première fois, je ne me suis pas aperçue du goût différent de mon verre dans le sirop à la violette, fait maison par mes soins.
Recevoir à la maison était toujours un plaisir et une bonne occasion de faire découvrir mes nouvelles créations. Avoir été une servante sous le toit de mon père adoptif puis, bien plus tard sous celui de ma mère, j'ai eu assez de temps pour m'initier à la cuisine et découvrir mes propres talents dans plusieurs domaines culinaires.
En plus, celui-ci était très simple à réaliser et les violettes parfumées dans le jardin me tendaient les bras. J'étais très fière de ma nouvelle préparation.
Tous les deux, nous avions décidé de laisser nos soucis sous le paillasson, devant la porte d'entrée. Je me suis souvent éclatée de rire, toi aussi. Nous étions insouciants et je pense que ces échappatoires présentées me permettaient d'évacuer mes tensions familiales. Alors le mal de tête le lendemain, a été supportable. C’était assez rigolo d’être sur un bateau sans y mettre les pieds.

Te souviens-tu de notre excitation à vouloir prendre l’air au parc, en plein milieu de la nuit est de faire une partie de cache-cache? Nous nous sommes si bien cachés tous les deux dans les feuillages, le temps d'être retrouvés par les autres, cela nous a permis de nous étreindre tendrement. Tu étais d'une grande douceur, attentif et charmeur. Ce premier soir, j'ai découvert une douce drogue sur tes lèvres délicieuses sans violence. C'était un plaisir agréable.
Notre corps à tous les deux était vierge, ce qui parfois nous rendait maladroits et innocents sur les préliminaires d'un couple amoureux au début d'une histoire.
Dans ce partage d'intimité nocturne, tu me sentais craintive et hésitante. Ta patience m'a donné une impression d'avoir le cœur qui flotte sur un petit nuage. L'heure avait mis son costume de disponibilité rien que pour nous deux. Mon plus grand souhait déposé dans ton oreille ce soir-là, était de rester vierge en me donnant à toi après le mariage. Tu as mis tout en oeuvre pour me faire penser autrement.

 Trois mois se sont écoulés vers une découverte enrichissante pour l'un et l'autre. Après nos nombreux échanges affectifs et dialogues dans beaucoup de domaines, toi mon premier amour, j'étais certaine que tu deviendrais définitivement mon mari devant la loi. Inconsciemment, il paraît que nous recherchons dans la vie des personnes qui portent les mêmes blessures que nous. Nous nous sommes confié beaucoup de secrets, sauf les plus personnels... Mais peu importe, nous étions jeunes et si l’amour était aussi présent qu'il le paraissait, nous serons tous les deux gagnants, pensions-nous.

Du plus profond de mon cœur, j'ai tellement désiré connaitre le gout du bonheur.

Trois mois d'explorations exceptionnelles pour tous les deux, aucune tension.
Originaire du Nord de la France tout comme moi, tu décides de rentrer à Auby pour régler des affaires familiales. On se téléphone tous les soirs, tu me promets de revenir bien vite vers moi au prix d’abandonner tes parents malades qui s’opposent à notre relation, même à oser me téléphoner pour m’injurier. Sylvie, ma future belle-mère ne m'appréciait pas.

« - Comment oses-tu nous voler notre fils, tu n’es qu’une moins que rien. Il n’y a que le train qui n’est pas passé sur toi ! »

J’ai eu très mal. Comment pouvait-on juger ainsi une personne, sans la connaître ?  Il m'a été facile de lui pardonner quand j'ai compris que ton départ de la maison familiale lui brisait le cœur. Elle avait tant d'amour pour toi.
Tu m’écrivais tous les jours, pour me faire patienter. Nous avons échangé des correspondances pendant six mois. Se lassant de voir son frère, sa moitié, son jumeau malheureux, Jacques décide de t'offrir un voyage vers l’amour.

L’homme de ma vie de retour près de moi, j’étais si heureuse. Je me sentais femme pour la première fois. Tout allait bien entre nous, je voulais un enfant de toi, construire ma propre famille. La mienne sera équilibrée. J’en avais la force à l’intérieur.

Enfant, je me souviens avoir espéré quatre enfants, sans papa. Un papa fait mal à son enfant, un papa est méchant.
Proche de toi, je me suis oubliée.
Nous partageons notre petit nid d’amours, dans le même appartement de ma mère. À cette époque, elle vivait seule. Tu n'as eu aucune opposition à venir habiter avec nous.

J’ai tant espéré construire un foyer pour l’enfant que j’allais mettre au monde, en février mille neuf cent quatre vingt huit. Tu travaillais et l’idée de te soumettre d’acheter quelques meubles est vite tombée à l’eau quand tu me disais souvent :

« - On est bien ici, chez ta mère, Jeanne. Pourquoi s’embêter à payer des factures alors que l’on peut s’acheter des choses bien plus intéressantes. On verra cela plus tard, cesse de t’inquiéter. »

Tu étais heureux dans ton petit confort matériel. Tout en donnant une participation financière tous les mois à ma mère, tu pouvais t’acheter une chaîne musicale de haute fidélité, t’offrir les dernières musiques de groupe de chanteurs préférés et j’étais à ta disposition quand tu avais envie de faire l'amour.

Manque d'espoir, le temps de l'indifférence montre son nez. À peine deux ans à tes côtés, plus rien ne te ressemblait. En prétextant vouloir mon bonheur, les masques sur ton visage m'ont très vite déstabilisé.
Les fins de semaine après le travail, tu m'emmenais en course et sans ma présence tu allais te balader dans les rayons pour draguer les filles.

"Tous les hommes font ça après le travail, on bosse il est normal que l'on décompresse un peu avant de rentrer! Tu n'arriveras pas à me mettre en cage alors cesse d'être jalouse c'est toi que j'aime ma chérie!"

De retour à la maison, au carnaval familial si j'oserais dire, tu enfilais rapidement le masque de la douceur. Chaque soir, tu étais fatigué pour m'aider à débarrasser la table dans la cuisine en prétextant réchauffer ma place au lit. Chaque soir, tu trainais dans le salon pour apercevoir ma mère en chemise de nuit transparente...

Pour écarter tes sauts d'humeur journalière, je m'abstenais fortement de te faire remarquer tes habitudes parfois trop choquantes.

Concernant nos rapports sexuels, je ne réussirais même pas à t'en parler correctement.
Petit à petit, ils sont devenu très rares. Je te fuyais. Je fuyais tes mains, ton corps, tout ce qui me rappelait une maltraitante passée avant de te rencontrer.
Je suis devenue ta "chose", ton meuble chauffant, la réalisation de ton excessif fantasme.
Souviens-toi, je devais me mettre dans la peau d'une poupée, nue, assise à côté de toi sur le lit. De longues minutes, qui pour moi paraissaient des heures, tu jouais avec ta poupée...

Je ne peux retourner sur ce passage de ma vie, seuls toi et moi savons.

Tu m'as promis la liberté pour m'enfermer dans ton monde.
L'unique personne où je pouvais aller chercher secours était ma mère, bien évidemment. Elle savait parfaitement comment tirer mes ficelles et aux yeux de ceux qui nous entouraient, tu étais presque l'homme parfait.

"- C'est ainsi la vie, Jeanne. La femme doit être soumise à son mari et satisfaire tous ses moindres désirs sans avoir à dire son mot. Tu as voulu la liberté, tu assumes maintenant!"

Face à ses mots, ses nombreux regards, face à ta présence, tes masques, je n'étais plus une adulte. De jour en jour, pour votre bon plaisir, de nouveau j'avais l'impression de me comporter comme une petite fille angoissée à chacune de vos paroles.

Le seul acte d’amour certifié, à mes yeux, a été de désirer l’enfant que je portais.

Ma poupée d’amour, ma douce Sarah, a comblé mon cœur de maman dès sa venue au monde, le trois février mille neuf cent quatre vingt huit.

La vie a suivi son cours avec quatre personnes dans le même foyer, sous des aspects différents pour chacune. Un mode de vie qui m'a obligé de continuer à écrire à côté du silence pour me sentir vivante.

Pour toi, l'ouverture d'un de mes journaux intimes.

"Dix-huit septembre mille neuf cent quatre vingt huit.

Mon cher journal, voilà quelques jours que je ne suis pas venue à toi, étant invités au mariage de Didier et Laura son épouse, ce dix juillet. Pour cette occasion, toute la famille de mon demi-frère était présente. De mon côté, mon mari et ma mère paraissaient avoir un côté positif et amusant. Leur humeur m'a permis de souffler un peu pour ce jour de fête.
Je me demande dans quel lac je vais être obligée de plonger demain?
Le pire semble encore présent. Je n'ai plus d'amis, plus de famille, ma mère se transforme en bourreau d'enfants et mon futur mari me fait de plus en plus peur. Je suis sans argent, sans toit, je n'ai plus de maison, plus d'amis et plus de cœur. Je dois subir, je suis née pour subir. Heureusement, seuls l'amour et son immensité pénètrent encore mon corps.  Je me demande d'où me vient cette force intérieure qui me permet de tenir debout.
Ne sois pas inquiet mon cher journal, l'amour vit en moi et m'apportera, le plus longtemps possible, une force décuplée pour les miens.
Ma fille mon enfant, mon plus beau rêve est arrivée dans ma vie. Elle ne sera pas la dernière, si la vie m'en laisse le choix je vivrais à travers eux en leur offrant tout ce que j'ai manqué.
Je me sens bien ce soir à tes côtés, tu es le seul avec qui je peux parler, sans barrières, sans me faire culpabiliser...
Le mois dernier, la vie m'a offert un répit de quelques heures, cela m'a soulagé un peu. Retour à la réalité. Vingt quatre heures de bonheur envolés précipitamment. Une fois le mariage terminé, deux jours plus tard sans un mot, sans un au revoir, l'homme qui m'a reconnu et élevé pendant plusieurs années est rentré chez lui en compagnie de sa mère et de sa nouvelle épouse.
De nouveau, je n’existe plus à leurs yeux. Ma vie se répète inlassablement.
Mes larmes coulent sur mes mots, je me demande si j’ai existé un jour, pour eux…
J’ai été très malade. Selon le médecin, j’ai déclenché ma première crise d’asthme. Il m’a prescrit une série de piqûres pour quinze jours et je dois me reposer le plus possible.
Un repos bien difficile avec les sept mois de ma petite poupée, mon cœur, ma vie, Sarah. Comme je l'aime!
Tu la verrais, elle est si belle avec son sourire malicieux lorsque je viens la chercher dans son petit lit rose. Pour elle, pour mes futurs enfants, je donnerais ma vie..."

Je me demande ce que tu peux ressentir à lire un petit bout de ce journal, Adrien.

Dans les jours qui ont suivi mes mots, tu as décidé de m’échapper dans un éternel refrain du métro, boulot, dodo. Les dialogues n'existaient plus. Notre complicité a pris place à la routine, jusqu’à ce que je décide de t'offrir un autre enfant, l’enfant de la réconciliation.
Ma mère de moins en moins à la maison, batifolait dans les bras d'un seul homme. Tu semblais être redevenu "normal", heureux de notre nouvelle naissance.

Un jour ma mère m'a dit: "bien heureux l'abruti qui décide de faire un enfant pour consolider son couple!" "Si notre fils doit arriver, qu'il en soit ainsi. J'aime à croire que de me classer dans la génération des abrutis bien heureux, me sera profitable. Devenir une "con-jointe" respectable, donner la vie et ma vie pour mettre au monde l'enfant de l'univers est la plus belle réussite, qui puisse m'arriver."

En mai mille neuf cent quatre vingt dix, ma mère et toi travaillaient beaucoup, nous avons décidé tous ensemble de faire venir la nouvelle épouse de Larry à la maison, afin d’être à l'écoute pour notre douce Sarah heureuse de la naissance et surtout, être l'aînée, de son petit frère.

Mon deuxième accouchement a été très difficile.
La veille, à la maison, j’ai eu beaucoup de fatigue. Je suis restée au lit pendant plusieurs heures et, la nuit du deux aux trois juin, prise d’une très forte crampe dans le ventre, je me suis mise à crier et à pleurer de douleurs.
Mon lit était trempé. Cet incident ne t’a pas fait bouger du lit. Je t’ai réveillé en sursaut. Je me suis hissée sur le côté du lit pour que tu puisses regarder ce qui se passe. Tu m’as répondu d’un air banal :

« - Ce n’est rien, tu as dû faire pipi, rendors-toi Jeanne, on verra demain. »

Tu est retourné dans ton sommeil, tranquillement. Prise par une grande fatigue, j’en ai fait de même.
À un moment aussi difficile, je n’ai pas compris ta réaction mais, je n’avais plus aucune force pour penser et réagir. Un laps de temps après, mes hurlements ont fait entrer ta belle-mère et la mienne dans notre chambre à coucher. Mon bébé Kévin, ma deuxième boule d’amour a décidé qu'il était grand temps de montrer ses petits bras costauds et de faire face à la vie qui l'attendait impatiemment. L’ambulance a été rapide pour arriver, nous étions à dix minutes de l’hôpital. De mon lit à la voiture, une civière souple m’a transporté rapidement.

 « -Ne poussez pas Madame ! »

Souviens-toi, la recommandation de l’ambulancier ne m’a servi strictement à rien. Je ne pouvais plus rien contrôler. Trop agité de ressentir l'indifférence de son papa, Kévin a décidé d’arriver comme une lettre à la poste.
Le sourire de mon petit mec, mon petit costaud blondinet m’a fait vite oublier les douleurs d’une épisiotomie de sept points, un gros hématome et une immense fatigue qui sera encore bien temps de retrouver avant de rentrer à la maison.
Tant d’amour versé, tant d’effort pour ne rien changer.
Tu n’as toujours pas assisté à l’accouchement Adrien, trouvant cet acte sale.
De retour à la maison, malgré la joie de nos bambins, tu es devenu avec moi distant, capricieux, égoïste et j'en passe.
Étant maintenant une mère à temps complet, tu semblais avoir la conviction que je ne te serais plus d’utilités.
J’étais si fière de t'avoir donné un fils. Jamais tu ne m’as remercié. Et lorsque je t'en faisais part, tu me répondais brièvement, c’est la vie qui as fait ce choix.
Une seconde routine s’est imposé à nous. Je devenais bien plus qu’un vulgaire meuble chauffant jetait dans un coin quand je ne servais plus. Ce qui arrivait souvent. Nos rapports sexuels étaient très espacés. Comment pouvais-je aller vers toi, alors que tu reflétais tant mon passé ?

Tes journées, étaient inlassablement les mêmes : le réveil sonne, le café prit dans la cuisine à remuer ton sucre pendant plusieurs minutes, le travail. Tu partais la journée et le soir, ton retour à la maison: café, douche, musique, repas, la sortie du chien, la télévision et le sommeil.

Le samedi, aller faire les courses s’ajoutait à ton emploi du temps et parfois, quelques câlins avec tes deux enfants. Ta collection de briquets était aussi très importante pour toi.
Je n’ai eu qu’une solution, subir et encore subir.

À cette époque, j’ai fait la connaissance d’une dame, habitant à quelques maisons au-dessus de chez nous. Elle était gentille, souriante, serviable. Sabine, de son prénom, était veuve et avait cinq enfants à charge. À sympathiser, les enfants venaient quelques fois à la maison sans leur maman. Ayant l’âme d’une sauveteuse, je les accueillais avec plaisir, surtout quand ils se chamaillaient pour des soucis d’adolescence et de rivalité. On en discutait et ils quittaient la maison le cœur joyeux.
Et puis un jour, l’amitié entre Sabine et moi a pris fin quand ses enfants ont semé la zizanie dans notre ménage. Ne pouvant plus te parler comme auparavant, mon seul compagnon de route le plus fidèle restait mon journal.

"Treize septembre mille neuf cent quatre vingt dix.

Mon cher confident, je suis si fatiguée, si tu savais. J’ai mal au cœur depuis plusieurs jours, j’ai des migraines horribles, j’étouffe de ces douleurs intérieures, j’ai l’impression que je ne vais pas tarder à sombrer dans la folie. Je n’ai plus de force…
Je vis un terrible combat."

En novembre mille neuf cent quatre vingt dix, l'une des filles de la voisine, la plus jeune devient amoureuse de toi.
N’ayant plus son papa à ses côtés, Rica s’est liée d’amitié de plus en plus fort avec toi et, de jour en jour, cette amitié a pris place à l’amour. Elle devenait très jalouse de moi. Elle faisait tout pour te rencontrer et te retrouver seul à seule. Elle était féminine au bout des doigts, chemisier transparent, rouge à lèvres très prononcé. Pour une enfant de treize ans, son désir de plaire était frappant.
Pour toi, cette jeune amoureuse a vite retrouvé ses poupées sans explications, quand un jour elle a avoué être amoureuse de toi lors d'un repas de famille. Rica pensait que cet affront était de ma faute. Elle m’en a voulu terriblement, mais la préparation de notre mariage arrivant en janvier prochain, je n’ai pas eu le temps de lui expliquer les choses différemment.
J’aurais aimé, avec cette jeune enfant, avoir un peu de psychologie, lui dire que sa réaction était normale à la vue de son parcours familial. Lui dire, tout simplement, que je ne lui en voulais pas. Je n’ai pu partager ce sentiment de compréhension avec personne. Comme toujours pour ces choses-là, ma place était dans l'ombre.

Pour notre mariage, nous recevons nos familles, beaucoup de stress m’envahissait. J’allais rencontrer face à face pour la première fois, ta famille. Mettre nos rancœurs de côté et regarder devant a été ma devise tous les jours que Dieu fait.
Par ton insistance, les deux filles de la voisine étaient aussi invitées au mariage Agnès et Christine.
Agnès et toi étiez devenus très complices. L’échange de regards timide, des mots et des gestes un peu trop déplacés. Sur ces faits passés, tu avais toujours une réponse dans la poche en m'envoyant avec le plus beau des sourires d’un homme avant son mariage :

« - Tu es trop jalouse Jeanne, fais-moi confiance. »

Un soir aussi, Agnès sur tes genoux, souviens-toi. Elle avait culbuté dans le pied du fauteuil. Fâché de vous avoir surpris tous les deux sur ce fauteuil dans une position osée, tu as quitté la pièce avec une pulsion d’agressivité. En débarrassant la table, tu as jeté le plat dans l’évier...
Décidément, je n’avais aucun mot à dire. Comme une huître, sur moi-même, je me refermais en silence.  Les jours passaient à une vive allure. Je devais poursuivre mon chemin en assumant toutes les charges de la maison et l'éducation des enfants, mon meilleur bonheur.

 Ma mère était de plus en plus absente. Elle roucoulait des jours heureux dans l’appartement de son chéri.
Enfermée à la maison très souvent, je me sentais si seule avec les deux petits. Toi aussi tu semblais te sentir seul. Toutes raisons étaient valables pour me tenir rancune. Au bout de deux semaines tu redevenais tendre, attentif et attentionné envers nous.

« - Tu as raison Jeanne, Agnès vient trop souvent à la maison, tu devrais lui dire. »

Tu étais d'une grande gentillesse, enfin je retrouvais un bout de toi, un bout d'espoir...

« - Ma douce Jeanne, pourquoi ne ferais-tu pas venir Agnès à la maison, pendant la sieste des petits, nous pourrions faire un jeu de société ? »

Ton comportement me surprenait, j’avais envie de comprendre. Sur le moment, j'ai acquiescé à ta demande et nous avons passé un agréable moment. Quelques heures après, j’ai essayé de parler à Agnès de cette situation qui m’attristait intérieurement quand tu as emmené le chien en promenade. Sa version, le sourire aux lèvres, ne me surprenait pas, dans un sens.

« - je te comprends bien Jeanne, mais lorsque je veux partir et vous laisser dans votre intimité, ton mari me dit toujours, reste Agnès, tu ne nous déranges pas. »

Une ambiguïté qui a été trop vite ou trop près du mariage. Trop occupée, je n’avais même plus le temps de réfléchir. Je devais être moins jalouse, j’avais confiance en mon mari, n’est ce pas assez, Adrien . Je n'avais plus le choix de faire machine arrière de toute façon.
J’ai acheté ma bague de fiançailles toute seule. Ma mère pour seule témoin, les enfants, toi et moi avons immortalisé en arrosant ce moment, sur le coin de table de la cuisine, après avoir fini d’y peindre les murs.  Pour moi, pour mon vécu, c’était normal. Pour ma mère et toi, je ne sais pas. Et je ne le sais toujours pas, personne n'en a reparlé ensuite.

Un nouveau tournant de ma vie se déroule, le quinze janvier mille neuf cent quatre vingt onze, à quinze heures à la mairie centrale, place de l’horloge à Avignon.
Je ressentais quelque chose, mais je n’arrivais pas à définir ce sentiment d’inquiétude qui me hantait depuis quelques jours. Avant de nous présenter devant Monsieur le maire, j’ai eu le temps de te glisser quelques mots à l'oreille.

« - Une seule bêtise avec Agnès, je te laisse sur place avec les invités et je rentre seule. »

Que de souvenirs pour nos enfants...

La voiture des mariés a été décorée par ma mère, le chauffeur était le mari de Christine qui devait être aussi ton témoin. Mais, après une difficulté à faire démarrer sa voiture, un petit contre temps l’a empêché de se rendre à la mairie. Larry et Liane ma belle-mère, ont aussi eu un léger contre temps pour être témoin de la mariée. C’est un mariage c’est normal ces petits incidents, m’a-t-on dit.
Heureusement, nous avions décidé de choisir chacun deux témoins. Après les signatures apposées au registre, nous nous dirigeons, mariés, famille et amis, quelques voitures pour une vingtaine de personnes vers le domaine Escalé, là où sans ta présence, j'étais venue louer trois mois à l’avance. Une grande salle joliment décorée de fleur et de guirlandes, un bar privé, une chaîne musicale, une piste de danse, quelques banquettes, une petite pièce bien agencée en retrait loin du bruit pour accueillir nos deux bébés. Une table en U, les mariés au centre, rien ne pouvait manquer dans ce beau domaine.

Au bar privé un très long moment, tu as décidé d’enterrer de nouveau ta vie de garçon. Un peu plus tard, les invités impatients, j'ai décidé seule de les inviter à passer à table. Pour s'amuser, mon demi-frère a eu envie de s’amuser un peu plus, en faisant valser la nourriture présente sur le buffet. Tu es devenu rouge de colère en envoyant un verre dans la pièce, quand tes yeux se sont posés sur ton frère très proche de ta petite protégée, Agnès.

J’ai le cœur qui palpite. Ces émotions me semblent être vécues hier.  Je me demande où je vais puiser ce courage de retourner en arrière, fouiner les moindres détails qui n’ont aucun mal à refaire surface.  Tant de traumatismes, tant de peurs, tant de soumission, pour un meilleur, pour un meilleur Jeanne…

Des éclats de voix assez violents ont fait fuir Didier et sa femme de notre mariage. Je me suis demandé si leur folie était voulue. Pendant les photos, ils n’ont pas désiré être présent avec nous et, je n’ai même pas eu les félicitations, aucun geste fraternel. Enfin, ce n'est qu'un détail parmi tant d'autres.  Ils sont partis et l’ambiance est devenue plus calme. Il me manquait quelqu'un malgré tout. Un homme qui aurait eu la fierté de m’emmener à la mairie.

Pour les tenues des mariés, il n’y a pas eu d’extra. tu désirais te marier mais à une seule condition, être en Jean. Tu trouvais le costume ridicule pour cette occasion. J’aurais aimé porter la robe longue, légèrement colorée mais, il ne fallait pas se rendre ridicule. Par obligation, j’ai opté pour une jupe évasée, à hauteur du genou agrémenté d’un spencer en jean aussi, puis un petit voile blanc sur les cheveux. Un mariage simple pour un couple heureux était suffisant pour la famille, disais-tu.
Danse, cotillons, tout le monde s’amusait, sauf moi. Tu ne te retournais pas sur Agnès, ni sur moi de toute manière. 
Liane et Larry sont arrivés à minuit, enfin. Larry m’a pris dans ses bras et m’a chaudement félicitée. Une chanson de François Feldman est passée, intitulée ‘Valses de Vienne'. 
Larry ou un autre, le prénom n’a eu aucune importance. La première danse à mon mariage, à minuit trente a été en compagnie du papa qui était dans mon cœur. J’étais heureuse.
Nous sommes rentrés à la maison, le lendemain à six heures du matin. Pas de nuit de noces, pas de cadeaux de mon époux. Quelques jours après, ma famille est belle famille sont rentrés à leur maison et Madame routine à repris son abonnement.
De jour en jour Karen devenait très indépendante en prenant très peu les repas avec nous. Peut-être n’a-t-elle pas apprécié, le soir où je lui ai demandé d’avoir la gentillesse d’enfiler une robe de chambre, au lieu de se présenter devant mon mari nu sous sa chemise de nuit transparente. 
Tu m'as souvent remis en mémoire ce souvenir, Adrien.

La maison était sous tension. Ma mère a les nerfs à fleur de peau, elle craque. Une mauvaise parole envers toi, une réflexion déplaisante, à croire que vous attendez cela tous les deux. Un mot, en est venu à un autre, une dispute très méchante a pris place entre vous.  Le lendemain et les jours qui ont suivi, tous les deux vous êtes restés sur vos positions.  Karen attendait un pardon venant de son gendre avant une explication, toi tu as jugé bon de ne pas t’abaisser.  Je ne m’en suis pas mêlée ayant déjà assez à m’occuper des deux enfants afin qu’ils ressentent le moins possible, cette situation familiale difficile à vivre. Ma mère ne supportant plus ce manque de respect, elle a décidé de déménager. Sa décision a été rapide.

Nous vivions chez elle, j’ai trouvé juste qu’elle emporte avec elle tous ses meubles, frigidaire, machine à laver, gazinière compris. Lors de son déménagement, Karen m’a dit :

« - Je n’oublierai jamais ce qui s’est passé. Je ne désire pas recevoir Adrien dans mon nouvel appartement. Tout est terminé Jeanne. »

« - Je comprends maman mais, je dois assumer. Il est mon mari et le père de mes enfants. »

Un peu plus tard, Karen m’a avoué avoir respecté mon choix.

En mars mille neuf cent quatre vingt onze dans son nouvel appartement, elle semblait tranquille et heureuse.
Tu as trouvé un travail Adrien, dans le bâtiment. Tu es devenu plus calme à la maison. Nous avons meublé notre appartement vide avec quelques meubles et bibelots que nous avons trouvés dans le garage de Karen. J'ai lavé le linge à la main, j'ai préparé le repas pendant quelques semaines, sur un réchaud de camping et une glacière nous servait de frigidaire.
Benoit, l’ami de Karen, est venue s’installer avec elle ne supportant pas la solitude. Ainsi, nous avons pu hériter du petit frigidaire de Benoît et, Karen nous a acheté un petit gaz de camping, plus perfectionné que le précédent.

Dans le début de ce nouveau voyage, tu m’aidais Adrien, surtout pour essorer tes jeans ou bleu de travail, à la main. Un mois plus tard, notre situation recommencé à se décliner. Toutes les corvées ménagères étaient pour moi, hormis se rendre à ton travail tu ne faisais plus rien dans ton foyer. Pour nous, tu étais fatigué de ton travail sur les chantiers. Pour Agnès, tu étais en forme et toujours disponible. Ta voix était sèche quand tu parlais à tes enfants et, ta voix était si douce quand tu parlais à Agnès. Elle de son côté, était féminine à souhait pour ne pas dire provocante.

Je retrouve un mot écrit de ma main dans un journal, il n'y a pas de date...

"J’ai mal, cher journal d’avoir à te parler de cela. Je dois continuer, excuses moi si je pose sur le bas côté les détails de cet instant de ma vie. Adrien mon mari, lui qui restait toujours très timide devant les gestes et les mots de l’amour, au tout début de notre rencontre, ne m’appartient plus. Vois-tu, avec le temps, tu finis par comprendre. Les hommes, mon cher confident, n’ont pas toujours le courage devant les raisons du cœur. La plupart des hommes, préfèrent fuir par peur d’avoir à assumer une chose qui semble leur échapper. Vivre le véritable amour à plein poumon. Je dois cesser de croire à mes rêves pour survivre."

Le grand boum arrive Adrien. Excédée de ta bonne humeur en présence de ta seule protégée Agnès et lasse de ta nonchalance envers nous, j'ai osé te poser un ultimatum:

« - Il te faut faire un choix Adrien, Tu choisis entre Agnès et sa famille ou ta femme et tes enfants."

Un lourd silence planait dans la pièce ce soir-là.

« - Ce sont eux Jeanne. Je ne ressens plus rien pour toi. »

Je ne peux à nouveau t’en écrire plus Adrien...
Le ciel est tombé sur ma tête. J'ai tant souffert.

Les jours qui ont suivi ont été affreux. Haine, violence, indifférence, mépris. J’ai ressenti la méchanceté d’un homme de vingt sept ans qui ne pouvait

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accomplir ses envies amoureuses envers une gamine de seize ans!
Tous les deux, vous avez décidé de former un couple unique: les diaboliques.
La situation dans laquelle je vivais, a déclenché une forte dépression. Et pourtant, je devais rester debout pour mes deux moitiés, mes enfants. J’ai perdu dix kilos en un mois. Une nouvelle série de piqûres m’a permis de garder la tête hors de l’eau.
Tu ne cachais plus ta liaison avec Agnès, Adrien. Tu me rejetais violemment, les enfants présents ou non. Tout s’est écroulé comme un château de cartes à jouer, construit sur un tas de sable.
Un soir, en revenant du travail, tu as franchi le seuil de notre maison avec un copain, Patrick. Ce qui arrivait certains soirs, puis pratiquement tous les soirs. Après le repas, vous sortaient tous les deux et quand vous revenaient à la maison, vous regardant par la fenêtre je pouvais vous voir venir d’un chemin et Agnès de l’autre.
J’ai si souvent déposé nos deux bouts de choux dans un foyer calme pour qu'ils ne soient pas témoins des scènes entre nous deux. Bien trop souvent, hélas. Parfois chez ma mère, parfois chez Laura et le plus souvent chez leur marraine, Nathalie. Et moi impuissante, à la maison, je m’enfermais dans la salle de bain pour éviter de croiser le regard méprisant de mon mari. J’épiais tes pas, j’écoutais minutieusement tes moindres mots pour aspirer à un moment de tranquillité seule dans mon chez moi, où mes repères semblaient s’évaporer peu à peu. Je me souviens de quelques mots du début d'une phrase de Patrick :

« - Elle est belle ta femme ! »

Et tu lui as répondu, Adrien:

« - Si elle t’intéresse tu peux la prendre, ainsi tu me rendras plus libre avec ma chérie. »

L'année mille neuf cent quatre vingt onze pendant plus de cinq mois, pour toi je devais accepter la situation sans dire un mot. Je n'avais pas intérêt de me plaindre. Ainsi, cela te permettait de patienter aux dix-huit ans de cette jeune fille, tout en gardant le confort que pouvait apporter ta femme. Tes biens personnels n'étaient juste qu'un lit de deux personnes et une chaîne musicale, le reste m'appartenait.
Pour toi, être à tes yeux une femme extrêmement soumise et battue était tout à fait normale.
Le matin très tôt, je te préparais le repas et, je m'empressais de partir en course pour acheter à manger pour les petits quand ils n’étaient pas à la maison. Et surtout pour éviter le regard des autres, en me rendant au supermarché du coin avec appréhension. J’étais obligée de passer devant la maison de la maman d’Agnès. Là sous leurs fenêtres, à cet instant et de toute façon, à n’importe quel moment de la journée, je me faisais traiter de tous les noms cruels par cette famille. Il me fallait porter ma croix, vivante et les pieds sous terre. Parfois prise de lassitude, je réagissais face à toi sans réfléchir.

« - Détournement de mineur, cela peut aller loin pour toi, Adrien ! »

Avec rapidité, tu as foncé sur moi. Tu m’as attrapé les deux bras et tu m’as jeté avec toute ta force sur un meuble. Je me suis retrouvée à terre, sur un meuble cassé, tétanisée. Je me suis traînée au sol pour attraper le combiné et téléphoner à ma mère, profitant de ton passage dans la chambre à te déshabiller, pour aller te coucher.  Une heure plus tard, la police est arrivée à la maison, sans ma mère. Entre-temps, j’ai nettoyé les dégâts et quand la police m’a dit venir chez moi suite à un appel téléphonique de ma mère, je leur ai répondu que ce n’était qu’une petite dispute entre un couple, que tu ne m’avais fait aucun mal, d'une immense peur que mes mots viennent déclencher un acte beaucoup plus grave. Un des policiers a dû me comprendre, il m’a répondu :

« - Un mot de vous Madame, et votre mari va en prison! »

Il m’a été impossible de lui en dire plus. Faire enfermer le père de mes enfants en prison, je n’avais pas le droit. Le lendemain matin, ma mère est venue me chercher pour passer la journée chez elle.  Le docteur est passé à son domicile, souffrant beaucoup de mon dos. J’avais tout de même une plaie de dix centimètres. Le médecin m’a fait un certificat si je désirais par la suite, déposer une plainte contre mon mari. Le soir, je suis rentrée à la maison.

Tu vois Adrien, en te décortiquant mon journal intime un peu comme une lettre de jugement me dirais tu, je pense avec le recul ne jamais réussir à décrire quelque chose de beau comme un écrivain pourrait exprimer dans un livre. Non pas avec toi, pas avec ce que j'ai vécu à tes côtés. Cela m'est impossible.

 Je me souviens avoir été obligée de me rendre au commissariat du quartier afin de leur exposer ma situation familiale, régulièrement. Quelques jours auparavant en rangeant du linge dans l’armoire, j’ai trouvé sous un de tes maillots, un petit revolver. Les enfants à la maison, j'ai eu très peur pour eux. Notre maison a été sous surveillance pendant quelques jours ainsi que tous tes faits et gestes. Ce qui bien sur, tu n'étais pas pour autant inquiet. Je ne sais comment tu as fait pour faire disparaître cette arme, une semaine plus tard elle n'était plus dans l'armoire. Par moments, dans ta ceinture de pantalon, tu cachais une arme blanche, un couteau assez fin mais long. Parfois, je pouvais le deviner à travers tes habits. Tout a été noté au commissariat dans des mains courantes, mais tant qu'il n’y avait pas de sang ou de plaintes, ils ne pouvaient rien faire, m’ont-ils dit.
Je me répétais inlassablement, la police sait tout, ainsi je suis rassurée. Mais rien ne changeait pour autant malheureusement. C’était toujours les mêmes mots, les mêmes reproches dans ta bouche Adrien et les mêmes plaintes à ma mère, de ma bouche :

« - Adrien est comme un fou il veut me tuer ! Dépêches-toi maman vient me chercher je t’en supplie ne me laisse pas mourir ! »

Je me souviens aussi, être obligée de prévenir la police, lorsque je quittais le domicile conjugal pour plusieurs jours, pour éviter que tu fasses constater un abandon du domicile conjugal pour me mettre tout à dos. Et cette journée ensoleillée souviens-toi Adrien, le bouquet de fleurs sauvage cueilli par Patrick déposé pour moi sur la table du salon. Je me suis dépêchée de mettre les fleurs dans l’eau et j'ai installé le vase bien en évidence sur la table quand vous étiez à la promenade du chien. Une façon a moi de lui dire merci avant de retourner à l'abri dans la salle de bain fermée à double tour. 
Sans oublier ce fameux jour, les enfants présents à la maison, tu as mis la musique très forte sans te soucier si tu allais déranger le voisinage. Une voisine a osé venir frapper à la porte pour te demander gentiment de baisser le son. Tu ne l’as pas écouté. Elle est revenue une trentaine de minutes après, ce qui t'a mis très en colère. Le ton a monté et la voisine a répondu:

« - Au lieu d’aller batifoler avec une gamine vous feriez mieux de vous occuper de votre pauvre femme et de vos enfants ! »

Dans cette période, tu buvais beaucoup trop d’alcool, tu ne réussissais pas à te contrôler quand quelque chose ou quelqu'un venait en travers de ta route. Avec haine, tu as claqué la porte d’un coup de pied et ensuite, tu as tout cassé à l’intérieur de la maison. Bibelots et cadres valsaient dans la pièce, les meubles prenaient tes coups de poing , la vaisselle à l'intérieur était en miettes. Tout ceci, sous les yeux de nos deux enfants en larmes et apeurés dans leur lit… Puis seul, tu es parti de la maison. Je me suis retrouvée en pleine crise de nerfs. Ton copain Patrick, est resté à la maison. Il a fait venir la voisine et tous les deux, ils ont nettoyé la maison avant ton retour, pendant que j’essayais de calmer les enfants pour ensuite, téléphoner à leur marraine Nathalie et les déposer en sécurité à nouveau pour quelques jours.  Le soir, Adrien, tu es rentré à la maison et sur la banquette tu as dormi rapidement. Tu n'as pas touché à ton repas que je t'avais apporté pour fuir ton énervement ou tes coups.  Une heure plus tard tu te réveilles, ton pied te fait terriblement souffrir . Tu appelles une ambulance et tu décides de partir seul à l'hôpital. Ton ami Patrick, était toujours à la maison. Sa présence masculine, attentionné avec moi, m’a vraiment réconforté. J’ai compris bien plus tard qu’il restait présent à la maison régulièrement, pour éviter un drame.  Quand tu es revenu de l'hôpital, en silence, tu as retrouvé ta chambre. Nous faisions chambre à part. Comme il était tard, Patrick a dormi sur la banquette du salon. Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai retrouvé une sécurité dans la chambre des petits, en barricadant tout de même la porte avec une chaise et un petit meuble, comme tous les soirs. Le lendemain à mon réveil, Patrick n’était plus à la maison.

De cette situation traumatisante, mes nerfs ont de nouveau lâché et une nouvelle série de piqûres m’a été prescrite afin de pouvoir rester toujours debout pour les enfants.  Patrick est devenu plus présent à la maison à la vue de tant de disputes et de violences, de la part de celui qui devait jouer le rôle d’un mari aimant envers les siens.
Tu as décidé de faire venir Agnès à la maison quand j’étais absente mais, j’arrivais toujours à le savoir puisqu'elle me laissait un indice par un bracelet sous le lit dans notre chambre à coucher ou, une paire de boucles d’oreilles dans la salle de bain.
Si quelqu'un venait sonner à la porte, Patrick allait ouvrir pour limiter les dégâts, surtout si c'était Agnès. Il m’est arrivé aussi, deux à trois fois par semaine de réveiller les enfants en pleine nuit pour les emmener chez une voisine. Il m’aidait aussi minutieusement, dans cette tâche.
Je sais que sans lui je n’aurais pas survécu à l’acharnement de haine et de mépris que toi mon époux, me faisait vivre. Chaque heure, chaque minute, chaque seconde je vivais dans l’angoisse.
Tu ne te cachais plus Adrien, puisque tout le voisinage était informé de la situation. Tu pouvais sortir librement avec Agnès.
De jour en jour je chutais dans une immense dépression. Je manquais de sommeil, je ne mangeais plus. J’étais dégoûtée, la peur me hantait. Tu étais acharné à fond, pour me faire quitter le domicile, c’était ton seul but sans te soucier où je pourrais me rendre. Quand tu pensais que j’allais partir bientôt, tu devenais plus calme. Me voyant toujours présente, les disputes reprenaient. J’étais à bout de forces, même pour mes petits chéris, malheureusement.
Pardonnez-moi mes amours du mal que j’ai pu vous causer…

Chute de tension, évanouissement, crise de tétanie, début de diabète, asthme, mon corps me criait au secours et je n’avais plus la force de réagir. Patrick, lui seul, m’a aidé à sortir la tête de l'eau. Il était ma bouée de sauvetage pour continuer à m'accrocher à la vie, il me remontait le moral pendant des heures en cherchant les moindres détails pour me soulager dans mes tâches. Il a été mon ange gardien.  Patrick ton ami, lui seul est tombé dans ce trou noir avec moi, pour me faire remonter à la surface.  Je l’ai vu ce trou noir, ma deuxième mort vers l'enfer. Une voie sans issue, un tunnel lugubre, un puits où l’on n’aperçoit jamais le fond. Les parois sont lisses, il n’y a aucune sonnette d’alarme qui nous dit que c’est la fin. Il n’y a plus rien. Ainsi a été cet endroit où Patrick a plongé pour me sauver.

Après avoir désiré et mis au monde mes deux enfants je peux affirmer une deuxième vérité dans cette vie à tes côtés Adrien. Si Dieu ne m’avait pas mis Patrick sur mon chemin, je n’aurais plus été de ce monde.

Seul le Seigneur sait où j’étais.

Et sur cette terre je sais, je sais où j’étais, seule, mais je le sais…

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

1 février 2014

Mettre les bouts, sans se retourner.

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Je suis toujours surprise que des personnes puissent me porter un vif intérêt, à retenir mon prénom naturellement ou penser à moi, à mon bien-être personnel.
Je n'ai jamais eu l'habitude d'exister. Soudainement je comprends toutes mes années de malaise, de chagrin et d'échecs. En faisant un bilan sur les vingt premières années de ma vie, je ne peux que concevoir avoir vécu si peu de bonheur, en étant un mal aimée.  Mon parcours s’est enchaîné successivement sans jamais ne pouvoir me défendre.

En vingt ans de vie, j'ai le sentiment d'avoir manqué cruellement de temps, pour apprécier la beauté de notre terre. Un coucher de soleil au bord de la mer, des rayons de chaleur jouant à cache-cache en plein été dans les feuillages, notre univers est beau si nous prenons le temps de le regarder. Comme un écrit apprécié, notre planète bleue devient poétique, simplement dans notre regard. Les effervescences intimes se logent toujours dans nos yeux pour communiquer notre température.
À vingt ans, je laisse le temps à son temps ancien. Du passé au présent, quitté le tunnel de l'enfer doit être censé me diriger librement vers un paradis terrestre. J'avoue avoir eu un étrange raisonnement.
J'aimerais oublier l'avant...
Je dois oublier pour poursuivre. Mieux, je ne dois pas empiler mon vécu dans un livre unique mais tourner une nouvelle page, un nouveau livre, une nouvelle histoire.
Aujourd'hui, je suis née!
Je porte un dernier regard sur mon corps. Je n’ai même pas pris le temps d'y prêter une attention toute particulière. En prenant conscience par les sens ou par l'esprit, je n'ai pas réalisé combien les années de souffrance pouvaient s'imprégner sur la peau. J'ai longuement porté le costume en pensant être une idiote, une incapable, un être invisible.

Tantôt, le temps n'est pas à la contemplation. Je dois vivre, je ne dois pas perdre de temps et garder toute mon attention sous l'œil avisé de ma première histoire d'amour, sans flancher.
Je suis déjà certaine d'un fait réel. Retranscrire un journal intime sur ce qui fut le début de la découverte amoureuse, en l'an mille neuf cent quatre vingt cinq, ne me permettront pas de donner plus d'énumérations, sur les sentiments amoureux, de mon premier compagnon.
Je possède pourtant pas mal de mots étalés devant moi mais, quand je viens à aborder ce passage de ma vie je peine terriblement dans le suivi de mes écrits.
Sans doute, avec le temps, j'ai compris avoir été une simple amourette, aux yeux de mon premier amour. Ou peut-être bien, je culpabilise encore beaucoup trop sur le suivi de cette relation.

En connaissant la fin de mon histoire, admettre que nous ne partagions pas les mêmes désirs, les mêmes rêves, les mêmes envies, malgré l'écoute de ses paroles délicieuses de jeunesse, sont à mes yeux une constatation difficile à accepter. J'aurais aimé ne pas éprouver de sentiment sur la laideur de ce sourd.
Oui, je me permets de l'écrire pour la première fois.
J'aurais aimé ne jamais connaître cet homme même si, deux magnifiques enfants ont complété notre union chaotique.
Étant une personne entière et loyale, quand il venait me souffler à l'oreille des mots d'amour, j'étais loin de m'imaginer que ses mots n'étaient juste que des mots ressentis sur le moment présent.
Selon une thérapie psychologique suivie quelques années plus tard, mon parcours serait une suite logique. Pour fuir un passé douloureux, nous sommes prêts à faire n'importe quoi, sans réfléchir.  
On oublie parfois, qu'il est possible de quitter un aveugle pour prendre un borgne. 
Les aveugles étaient ma famille. Pour me réconforter, dans un seul sens, je pense que je devais passer dans la vie de ce premier homme, c'était écrit, malgré tout.
J'étais la personne qui pouvait sortir Adrien d'un milieu familial qui l'étouffait. J'étais sa lumière vers le renouveau. La vie l'a décidé ainsi.

Pour des raisons familiales, pendant son absence nous nous écrivions des lettres d'amour, enflammées de jour en jour. Ces courriers ont contribué à faire de moi une épouse totalement soumise.
C'était l'époque où l'on ne se posait pas de questions, comme aujourd'hui.
Une époque, où les portes fermées nous ne savions pas ce qui se passe à l'intérieur. Aucune émission télévisée venait interpeller notre conscience pour se remettre en question. Il fallait vivre et parfois, survivre.
Il était mon premier amour, je l'ai aimé dans ce titre. Il était celui auquel j'avais envie de déposer ma réussite attendue vers un avenir heureux.
Sa communication était infiniment paradoxale, à la fois cajolant et dévalorisante. Cependant, je n'ai jamais songé un jour, être ramassée à la petite cuillère.
Bien plus tard, j’ai compris avoir été seule à vouloir construire un foyer aimant. Je désirais fuir à tout prix la vie amoureuse agitée de ma mère qui partageait son temps libre avec deux hommes en même temps.
Adrien est devenu ma seule porte de sortie.  Dans un sens, pleine d’énergie, je débordais d’amour intérieurement. Un amour qui n’a jamais vu le jour. Évoluer était primordial pour ma survie.
De l’autre sens, l’éducation que m’avait inculpé mes parents, demandait à prendre place. La soumission à l’autorité. Je devais continuer de souffrir en agissant contre mes convictions en me conformant, à ce que l’on attendait de moi.
Pouvoir où ne pas pouvoir apprécier chaque minute qui nous a été donnée, la vie ressemblera toujours à un livre. Il y a le début, le milieu et la fin.
Je tourne une page et sur un regard passif sans faiblir à l’ouverture de ce prochain journal intime, je me dois de continuer à décapsuler les années qui ont fait de moi une handicapée de la vie.

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

31 janvier 2014

Une promesse sempiternelle.

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De tout temps, la mer a été le seul lieu bienfaiteur pour accueillir mes plus grandes détresses si le cœur dirige difficilement mes pas. Elle a recueilli mes joies et mes larmes depuis de nombreuses années.
Vu sur la mer, le soleil absent joue à cache-cache derrière les nuages, tout comme toi .
Ce matin sorti d'un rêve proche de ton corps au lever du soleil, j'ai apprécié l'instant d'après devant la fenêtre ouverte, m'assoupir encore un peu sur le rocking chair.
Tu es présent constamment tout près de moi. Tu es dans mon cœur et aussi, dans un cadre en bois taillé à vif dans une branche d’arbre, comme si tu cherchais le soleil pour t'amplifier vers une charmante saison . Une première photo de nos débuts posée avec élégance sur la table de nuit, qui suit tous mes voyages. Tu es beau. Je suis une amoureuse de tes lèvres...

Hier après midi, alors que les princesses décidèrent de ramasser tous les joyaux sur le sable, sans but je suis allée me promener un peu plus loin, comme une envie soudaine de lever l’ancre pour venir à toi. Le temps était légèrement frais, mes yeux se sont déposés sur des couples qui semblaient heureux, blottis l’un contre l’autre. Notre nature s'accorde si bien aux embrassades des amants.
À l'horizon, des passants solitaires avec pour seul compagnon un écouteur dans l'oreille. Des autres passants flânent devant les vagues, comme un joli tableau peint avec à la bouche. Des couleurs et des lumières enchanteresses subliment le décor et reflètent à la tombée du jour, des rêves aux mille et une nuits.
Dans la clameur du vent, ta voix m’appelle. Une réalité ou un souvenir d'antan? Dans mon oreille gauche, le chant de ta promesse garde son espace.

"- Bientôt nous devons nous redécouvrir, Jeanne...

- Oui !

- Et je ne sais ce que cela t’inspire .

- Je pense de même pour toi.

- Le long message reçu de toi m'a ré-informé de tes manques, mais qu'en est-il de ton cœur? Pour mieux te découvrir, d'aujourd'hui à hier, aimeras-tu me parler de tes amours du passé?

-Mon passé amoureux est laborieux et comment puis-je parler à une présence quasiment invisible?

-En m'attendant, pourquoi ne ferais-tu pas une lettre à chacune des personnes que la vie t'a présenté? Les séparations sont une source de détresse, elles peuvent s'identifier à un deuil. En faisant entièrement le deuil de l'amour-attachement d'un passé qui ne me semble pas tout à fait apaisé, tu réussiras beaucoup mieux à recomposer ton corps et tes attentes.

- Demain Émile, je te promets..."

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

31 janvier 2014

L'air du temps.

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Pour connaître un bonheur intense et chaleureux entre nous Émile, je me demande pourquoi nous rencontrons tant de difficultés à créer un espace douillet entre nos mains? Pourquoi tant d'œuvres, pour un laps de temps si éphémère?

Pendant des mois durant, j’ai crié au ciel mes souffrances et mes peines avec un légitime désarroi.
Je l’ai fait, non pas pour manifester une colère ou une irritation, mais pour comprendre pourquoi je n’avais pas le droit de connaître un peu plus de bonheur, avec un grand B.
J’ai imprimé au fer rouge, d’immenses conversations en plein cœur. Les conversations les plus ravissantes subsistent toujours dans nos échanges contemporains . Éternellement, tous ces écrits colorés resteront en mémoire.
Je pense à tes mots dans mes instants à vide. Ainsi, j'ai une possibilité de renaître dans une clémente acropole pour soulager mes pas et poursuivre un  chemin authentique.
Pour un bien-être, je viens ici partager un tête à tête.

"- Que dois-je faire pour t’être agréable, Jeanne?

- Il est difficile de te déposer mes plus profonds désirs, connaissant tes ressentis sur notre redécouverte. Tu es une personne très importante à mes yeux. Tu  es un ami intime et, pour avoir la joie de te retrouver il en restera ainsi selon ton désir que je respecterais. Nous en resterons à une douce soirée, suivie, si tu le désires, un peu plus qu’une fois par an serait fort agréable!"

Comme un oiseau heureux chantonnant sur son perchoir, un sourire vient se poser sur mes lèvres au souvenir de nos éclats de rire de l'instant d'hier. En effet, se retrouver six mois et un jour après notre rencontre, nous ne pouvions qu'en rire.
À l'hymne de la rencontre, je continue à m'interroger en me demandant si nous avons droit aux mots doux à écrire sur le bout de nos doigts, comme un effet de caresses d'une grande finesse. Des mots qui viennent enflammer le corps en te poussant à désirer l'autre excessivement, dans l'attente de le toucher naturellement...

"- Et comment te plairait-il que se déroule notre soirée redécouverte, Jeanne?

- Connaissant ce que tu aimes, que dois-je dévoiler pour ne pas te froisser... Mais, si tu me le demandes j'ose pour le plaisir. Je voudrais regarder les mouettes planées sur l'infini de la mer méditerranéenne à tes côtés. Le peu de kilomètres pour t'y rendre, ne viendront pas empiéter sur notre temps limité. Sur la berge, nous respirerons l’air marin. On se sentira bien. Puis, nous nous retrouverons dans une chambre d'hôtel. Un hôtel ancien, de charme, jamais découvert, peint de blanc avec des volets bleus prêts à offrir une délicate pénombre, aux amoureux du voyage. Longuement, je te regarderai pour imprégner dans ma mémoire toutes les parcelles de ta peau. Nous tomberons tous les deux sur le matelas qui épousera nos formes frissonnantes, je me blottirai tout contre toi. Au-dessus de tes habits, je te ferai apprécier bien plus que le goût de mes caresses en nous déshabillant l'un et l'autre sur le grand lit de l'amour. Mais, si mon programme t'intimide, nous ferons comme tu le désires. M’offrir une soirée, c’est déjà beaucoup, je sais. Et pour toi, quelles sont tes inspirations sur notre redécouverte ?

- Mon cœur Jeanne, est une étoile qui tangue. Tantôt elle est animée, tantôt elle est insaisissable. Mais, je crois que si nous arrivons à partager la douceur qui ranime, je pourrai alors envisager une suite plus harmonieuse. Jouir de toi ne peut que me rapprocher de toi. Nous en saurons davantage qu’après de toute façon. Mais, saches que je viens vers toi avec le sourire..."

 

Jouir de moi, ne peut que te rapprocher de moi… Voilà pourquoi tu ne viens pas à moi, tendre voyageur?

.../...

 

Extrait de : - L. L. D. S. - Tous droits réservés ©

18 janvier 2014

"Rose Kennedy"

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On dit souvent que le temps guérit les blessures.

Je ne suis pas d'accord.

Les blessures demeurent intactes.

Avec le temps, notre esprit afin de mieux se protéger,

recouvre ces blessures de bandages et la douleur diminue

mais elle ne disparaît jamais.

 

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